Centre de Recherche en Poétique, Histoire Littéraire et Linguistique (CRPHLL)


Groupe d’Étude des Manuscrits de Casanova

Coordonnateurs :

P.-M. de Biasi, Directeur de l’ITEM-CNRS UMR 8132
G. Lahouati, professeur de littérature du XVIIIe siècle, CRPHLL, Université de Pau,
F. Tilkin, professeur de littérature française des 17e et 18e siècles, Groupe d’étude du XVIIIe siècle, Département des Langues et Littératures romanes, Université de Liège.

Contextes :

Avec la publication de ses Mémoires en version allemande expurgée, puis en version française « révisée » (entre 1822 et 1838), et enfin avec la multiplication des éditions et des traductions (environ 1500 depuis 1840), Casanova (Venise 1725- Dux 1798) s’est imposé comme personnage, son nom de famille est devenu nom commun, il a inspiré d’innombrables fictions (romans, nouvelles, pièces de théâtre, opérettes, opéras, ballets et films) et quelques œuvres plastiques. Loué ou vilipendé, le héros a suscité des interrogations sur son existence réelle et sur la vérité de ses aventures. Dans la mesure où les Mémoires peuvent être lus comme un document, il importait de savoir s’ils étaient authentiques ou non. Pendant plus d’un siècle et demi, de très nombreuses recherches ont été entreprises dans les fonds d’archives de toute l’Europe. Elles ont permis de préciser un parcours de Casanova, certes singulier, mais représentatif du monde des aventuriers de son temps.
Casanova, par sa pratique de deux langues d’écriture (italien d’abord, le français à partir de 1782, langues auxquelles il faut ajouter le vénitien, la langue d’enfance qu’il n’oubliera jamais), par ses voyages dans toute l’Europe, par la variété de ses lectures et de ses curiosités, par la multiplicité de ses formes d’écriture (théâtre, ouvrages historiques, essais, poèmes, roman, dialogues, récits, lettres…), peut être considéré comme emblématique des transferts culturels dans l’Europe du XVIIIe siècle. Formé à l’Université de Padoue dans les années 1737-1742, curieux de médecine, de chimie, de philosophie et de sciences occultes, amateur des littératures classiques (il publie une adaptation de l’Iliade), italienne et française, franc-maçon, voyageur et épistolier en relation avec quelques grands esprits de ce temps, penseur aux marges des Lumières, membre de plusieurs Académies italiennes, pamphlétaire, mathématicien, romancier d’utopie…, il s’inscrit dans une dynamique qui reflète les ambiguïtés de son siècle dans ce qu’il a eu de plus vivant.
De 1785 à 1798, il a été employé par le comte de Waldstein pour son château de Dux, où il était chargé de gérer une importante bibliothèque. Dès la seconde moitié du XIXe siècle, les nombreux papiers qu’il a laissés à Dux après sa mort (plus de 9000 pages) ont suscité la curiosité. Un premier catalogue sommaire fut publié en 1905 par Arthur Mahler. Bernhard Marr, industriel dans le voisinage, se passionna pour ces archives, en établit un inventaire et une transcription manuscrite, instruments de travail qui furent longtemps utiles. Ces archives, conservées d’abord au château de Dux (Duchkov en République tchèque), ont été versées en 1948 aux Archives d’Etat de Prague (Státní oblastní archiv v Praze), alors que la bibliothèque et un certain nombre de documents ont été transférés dans les années 1930 dans un autre château de la famille Waldstein (Mnichovo Hradište) où ils se trouvent toujours. Historiens amateurs et professionnels, universitaires ou non, originaires d’Europe ou des Etats-Unis, ont exploité partiellement ces fonds ; Marco Leeflang, un amateur néerlandais, en a établi un nouvel inventaire (Duxionnaire I et II) et a entrepris une transcription de certains textes. Si beaucoup d’autres casanovistes publient ou utilisent des éléments de ce fonds, aucune politique concertée d’édition scientifique n’a jamais été établie.

Objectifs :

En liaison avec l’équipe de l’ITEM « Rousseau. Manuscrits des Lumières » (N. Ferrand, CNRS) qui a entrepris d’étendre au XVIIIe siècle les études génétiques pour « prendre en compte les processus et pas seulement les produits de la pensée et de l’écriture », c’est cette lacune que nous avons voulu combler par la création d’un Groupe d’Étude des Manuscrits de Casanova (GEMC), avec pour objectif la mise à la disposition de la communauté scientifique et du public de l’ensemble du corpus manuscrit dans une présentation rigoureuse.
Depuis une trentaine d’années, une autre figure de Casanova s’impose : il n’est plus seulement considéré comme un personnage ou un aventurier, mais comme l’un des plus grands écrivains de son temps. Porté par la dimension européenne de sa vie, de ses voyages et de ses curiosités, l’intérêt pour la genèse de l’œuvre, pour l’évolution de la pensée dans le travail de l’expression est passé au premier plan des préoccupations des spécialistes et du public cultivé en raison de l’acquisition par BNF, en février 2010, du manuscrit autographe de l’Histoire de ma vie, et de trois autres manuscrits de Casanova conservés dans la famille Brockhaus depuis 1821. Cette entrée dans une collection publique d’un manuscrit jusqu’ici inaccessible marque une nouvelle étape dans la possibilité d’étudier le travail de l’écrivain.
Les activités du GEMC se structurent selon six axes :
— Inventaire, classement, analyse, numérisation, transcription et publication de tous les documents qui témoignent de la genèse de l’Histoire de ma vie. Il s’agit soit de notes de travail, soit de très rares « brouillons », soit de documents privés (témoignages contemporains, lettres, passeports, factures…) en rapport avec les événements racontés dans l’autobiographie.
— Étude scientifique du manuscrit de l’Histoire de ma vie (histoire du manuscrit, supports, filigranes, datations, travail d’élaboration…). Il s’agira de parvenir à une véritable « stratigraphie » de ce manuscrit composé de feuillets d’époques différentes.
— Reprise de l’inventaire du fonds d’archives casanoviennes de Prague selon les normes scientifiques actuelles. Numérisation progressive de l’ensemble des documents. Mise en ligne et/ou édition critique des textes les plus importants (dialogues, essais, correspondance). L’édition scientifique de la correspondance complète de Casanova constitue un objectif à long terme.
— À partir des acquis de l’équipe de l’ITEM « Genèse et Autobiographie » qui travaille sur les XIXe et XXe siècles, il s’agit de montrer comment le manuscrit lui-même, l’élaboration du texte, ses variantes, son inachèvement, définissent un projet autobiographique singulier.
— Dans le prolongement de la publication des lettres Maximilien Lamberg à Casanova (Leeflang, Luciani, Luna, Paris, Champion 2008), il s’agit de dresser l’inventaire de la très importante correspondance de Casanova qui n’a fait l’objet que de publications partielles et morcelées. L’édition de cet ensemble pourrait s’inscrire dans le cadre d’un Projet européen de recherches.
— Constitution d’une documentation externe pour faciliter les recherches : établissement d’un corpus des discours sur les manuscrits de Casanova (témoignages anciens de visites à Dux du vivant de Casanova ou après sa mort, fictions élaborées autour de ces manuscrits, discours éditoriaux, notes et correspondance de la maison Brockhaus).
Si notre objectif premier est de constituer une équipe de recherche qui réunit autour des spécialistes de Casanova, des doctorants et des jeunes chercheurs, à moyen terme, ces activités ont pu donner naissance à une revue en ligne et à la constitution d’un Groupe de Recherches International au sein de l’Item.

Partenaires :

Institutions : ITEM / ENS/ CNRS, Paris ; BnF Paris ; Archives de Prague, République tchèque ; Musée de Dux, République tchèque ; Musée de Mnichovo Hradište, République tchèque ; Bibliothèque Marciana, Venise, Italie ; Laboratoire Poétique et Histoire littéraire, Université de Pau, France ; Revue l’Intermédiaire des casanovistes.
Chercheurs : Michel Delon, Professeur, Université de Paris IV ; Beatrice Didier, Professeur, ENS-Paris VIII ; Cyril Francès, doctorant, Université Lumière, Lyon ; Jean-Christophe Igalens, MC, Université de Paris IV, Ilona Kovacs, Professeur, Université de Szeged, Hongrie ; Gérard Lahouati, Professeur, Université de Pau ; Marie-Françoise Luna, Professeur, Université de Grenoble ; Alaxandre Stroev, Professeur, Université de Paris X ; Françoise Tilkin, Professeur, Université de Liège ; Marie Tarantova, conservateur du fonds Casanova, Prague ; Helmut Watzlawick, Revue l’Intermédiaire des casanovistes, Genève.

Première manifestation : Journée d’étude à l’Université de Paris IV, « Casanova, Nouvelles approches », samedi 1er juin 2013, organisée par Raphaëlle Brin, doctorante à l’Université de Paris IV.

Première publication : Casanova, Histoire de ma vie, tome I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2015.