Centre de Recherche en Poétique, Histoire Littéraire et Linguistique (CRPHLL)


Les illusions de l’autonymie : la parole rapportée de l’Autre dans la littérature


Colloque organisé par

le Centre de Recherche en Poétique, Histoire Littéraire et Linguistique (CRPHLL)

et l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA)

2-3-4 décembre 2015

Appel à communications

Toute recherche s’intéressant à la poétique de la transcription du discours de l’Autre dans la littérature de l’Antiquité à nos jours impose l’étude du « travail de la citation » (A. Compagnon) comme fondement même de l’écriture, au travers par exemple des échos de la littérature homérique et classique dans la littérature grecque post-classique, de ceux de la littérature antique dans la littérature moderne et/ou médiévale. Mais elle engage au moins autant à réfléchir sur la porosité des frontières entre le discours citant et le discours de l’Autre qui apparaît à l’analyse des discours rapportés au style direct ou indirect dans un texte littéraire.

La représentation du discours de l’Autre exemplifie les tensions entre le leurre avec lequel l’imaginaire collectif considère un objet linguistique, et sa réalité formelle. La désignation de « paroles rapportées » peut masquer, sous le trompe-l’œil d’une fidélité plus ou moins revendiquée, la réduction inévitable qu’opère toute représentation par rapport à la totalité de l’acte d’énonciation représenté. L’autonymie, et par conséquent le discours direct, sont au cœur de cette tension entre fidélité et facticité.

La littérature, comprise au sens large car envisagée de manière diachronique et internationale, semble mettre en scène le discours de l’Autre comme autonome et tout à la fois lui nier son autonomie. Rencontrer fréquemment dans un récit réel ou fictif les mots de l’Autre, notamment du barbare, de l’étranger, peut donner l’illusion au lecteur d’une progressive familiarité avec la langue de cet Autre. Rapporter le discours d’autrui, même au style direct, n’est-ce pas toujours déjà se l’approprier ? Comment fonctionne cette illusion d’une compréhension intime d’un mot étranger ? N’est-ce pas au prix du sens véritable du mot cité et d’une schématisation de son usage ?

Ce colloque se propose de rassembler des chercheurs d’horizons divers afin de projeter des éclairages aussi bien antiquisants, littéraires, linguistiques que stylistiques, en diachronie et en synchronie, sur cet aspect de l’hétérogénéité énonciative que sont les illusions attachées à l’autonymie dans la représentation du discours de l’Autre.

La littérature, de l’Antiquité à nos jours, sera le corpus à privilégier pour ce colloque – sa problématique engage la réflexion par exemple, mais non exclusivement, autour des récits de voyages et des témoignages, qu’ils se veuillent historiques ou non. Les romans, poèmes, nouvelles, ou autres textes, retenus comme champs d’étude pourront être de langue grecque, latine, française et anglaise. Des recherches sur des textes de presse pourront être ponctuellement intégrées.

Les communications pourront s’orienter vers un de ces quatre axes d’étude :

  1. Comment peut-on analyser la polyphonie de l’énonciation entre voix citante et voix citée, notamment quand il s’agit de retranscrire les discours de l’Autre (étranger) ? Outre les modalités de transcription du discours de l’Autre et leurs effets sémantiques, poétiques et pragmatiques, peuvent être abordés dans cet axe des questions autour de l’inauthenticité du discours direct, la parole travestie, les cas limites de l’auctorialité fictive et plus généralement les illusions de la fidélité littérale.
  2. Quelles fonctions jouent les marqueurs linguistiques qui distinguent l’énoncé repris de l’énoncé d’accueil ? Rapporter un discours, une citation : qu’est-ce ? Répéter ? Réécrire ? Transformer ? Dissimuler pour mieux s’avancer ? Quel est le statut de l’énoncé cité ? Il n’appartient plus à aucun des deux discours contextuels et pourtant il est inscrit dans les deux à la fois.
  3. Comment l’analyse du discours rapporté entre-t-elle en résonance avec des formes de rapports sociaux ? Comment dans les cultures de chacun perçoit-on le caractère hétérogène des énoncés et des énonciations ? Sous quelles pratiques sociales et intellectuelles d’échanges ? Peut-on dessiner les contours d’une anthropologie du discours (rapporté ?) lié à l’Histoire ?
  4. La question du discours rapporté ne conduit-elle pas à interroger la notion d’auteur ? Des énoncés maintes fois repris dans la tradition orale se trouvant regroupés dans un genre spécifique, tel l’épopée, a-t-il été important de construire la figure d’un auteur « unique » eu égard à la volonté de totalisation du savoir ?

Comité scientifique

Jacqueline Authier-Revuz, Université de Paris 3
Hélène Chuquet, Université de Poitiers
David Diop, Université de Pau et des Pays de l’Adour
Julie Gallego, Université de Pau et des Pays de l’Adour
Elise Louviot, Université de Reims-Champagne Ardenne
Marie-Françoise Marein, Université de Pau et des Pays de l’Adour
Monique de Mattia-Viviès, Université d’Aix-Marseille
Sarga Moussa, Université de Lyon 2
Catherine Rannoux, Université de Poitiers
 

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